L’Union des Principautés (1859) et le règne d’Alexandru Ioan Cuza
Après la guerre de Crimée (1853–1856), dans laquelle la Russie fut vaincue, le congrès de paix de Paris (1856) plaça les Principautés sous la garantie collective des grandes puissances et restitua à la Moldavie le sud de la Bessarabie (les districts de Cahul, Bolgrad et Ismaïl). Les grandes puissances décidèrent de consulter la population par des assemblées ad hoc, qui réclamèrent en 1857 l’union des Principautés sous un prince étranger, ainsi que l’autonomie. La résolution la plus importante fut celle du Divan ad hoc de Moldavie. Elle ouvrit la voie à un État roumain unitaire.
La Convention de Paris de 1858 donna à la Moldavie et à la Valachie une organisation commune, sous le nom de « Principautés-Unies de Moldavie et de Valachie », mais avec deux princes, deux gouvernements et deux assemblées. Les Roumains mirent à profit une lacune du texte de la Convention, qui n’interdisait pas d’élire la même personne dans les deux pays. Le 5 janvier 1859, à Iași, l’assemblée élective de Moldavie élut prince le colonel Alexandru Ioan Cuza. Le 24 janvier 1859, à Bucarest, l’assemblée de Valachie élut le même homme. L’union fut ainsi réalisée « par le fait accompli ».
Les grandes puissances acceptèrent peu à peu la situation et, en 1861, la Porte reconnut l’union pour la durée du règne de Cuza. Le 24 janvier 1862, un gouvernement unique et un parlement unique furent constitués, avec Bucarest pour capitale. L’État reçut le nom de Roumanie et le roumain devint la langue officielle. Cuza, né en 1820 à Bârlad, avait étudié à Paris et pris part à la révolution de 1848. C’était un homme simple, patriote et réformateur. Le Premier ministre fut, en 1862, Barbu Catargiu, assassiné peu après, puis plus tard Mihail Kogălniceanu. Cuza obtint ainsi la reconnaissance internationale du fait accompli.
Cuza mena à bien un vaste programme de réformes modernes. En 1863, il sécularisa les biens des monastères, qui représentaient près d’un quart du territoire du pays et étaient en grande partie exploités par l’Église grecque. En août 1864, il promulgua la loi rurale, par laquelle les paysans corvéables reçurent des terres, contre une indemnité payable en 15 ans, et furent libérés de leurs obligations féodales. La même année 1864 furent adoptées la loi sur l’instruction publique, qui instaura l’enseignement primaire gratuit et obligatoire, et le Code civil, inspiré du modèle français. Les universités de Iași (1860) et de Bucarest (1864) furent fondées.
Les réformes suscitèrent l’opposition des boyards conservateurs et Cuza, mécontent du Parlement, instaura par le coup d’État du 2 mai 1864 un régime autoritaire, doté d’un nouveau statut. Le 11 février 1866, une « monstrueuse coalition » de conservateurs et de libéraux le contraignit à abdiquer. Cuza partit en exil et mourut à Heidelberg en 1873. À sa place fut appelé un prince étranger, Charles de Hohenzollern-Sigmaringen, élu par plébiscite en avril 1866. Cuza demeure dans l’histoire comme le fondateur de l’État roumain moderne. L’État moderne qu’il avait bâti était destiné à lui survivre.