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L’époque phanariote (1711/1716–1821)

Après la trahison de Dimitrie Cantemir et les soupçons pesant sur Constantin Brâncoveanu, la Porte ottomane décida de placer sur le trône de Moldavie (1711) et de Valachie (1716) des princes choisis parmi les marchands et les dignitaires grecs du quartier du Phanar à Constantinople, d’où le nom de Phanariotes. Le premier prince phanariote de Moldavie fut Nicolas Mavrocordato, qui devint aussi, en 1716, prince de Valachie. Les règnes étaient courts, souvent de quelques années seulement, et s’obtenaient à prix d’or. Cette période dura jusqu’à la révolution de 1821.

Le régime phanariote présenta des aspects négatifs : fiscalité écrasante, corruption, vénalité des charges, instabilité politique et influence des élites grecques. Les paysans acquittaient de nombreuses redevances, en argent et en nature, et travaillaient pour les boyards des journées entières, ce qui provoqua des fuites massives vers les pays voisins. Les pays roumains perdirent à cette époque une partie de leur territoire : la Bucovine fut occupée en 1775 par les Habsbourg, et la Bessarabie annexée par la Russie en 1812, par la paix de Bucarest. Cette dernière amputation, entre le Prut et le Dniestr, pesa gravement sur le destin de la Moldavie.

Pourtant, certains princes phanariotes furent des réformateurs et des esprits des Lumières. Constantin Mavrocordato abolit en 1746 en Valachie, et en 1749 en Moldavie, le lien personnel de servage des paysans (la « rumânie » et la « vecinie »), le remplaçant par des obligations en travail et en argent. Il réorganisa l’administration et les finances. Alexandre Ypsilanti fit rédiger un code de lois (1780), améliora la justice et fonda des écoles. Grégoire III Ghica réorganisa le système fiscal et protégea l’enseignement. Les écoles princières de Bucarest et de Iași apportèrent dans les Principautés les idées des Lumières.

Sur le plan international, la Russie devint la puissance dominante de la région. Par la paix de Kütchük-Kaïnardji de 1774, la Russie obtint le droit d’intervenir en faveur des chrétiens orthodoxes de l’Empire et acquit des consulats à Bucarest et à Iași. Les guerres russo-turques entraînèrent des occupations militaires répétées et des dévastations. Le traité d’Andrinople de 1829 supprima le monopole commercial ottoman sur les Principautés, qui purent vendre librement leurs céréales en Europe. Il restitua également à la Valachie les raïas de Brăila, de Giurgiu et de Turnu, que les Turcs lui avaient prises.

Sur le plan culturel, le XVIIIe siècle et le début du XIXe préparèrent la renaissance nationale. Apparurent les idées des Lumières, les livres en langue roumaine, les journaux (comme le « Courrier roumain » d’Ion Heliade Rădulescu et l'« Abeille roumaine » de Gheorghe Asachi, 1829) et les écoles nationales. Gheorghe Lazăr ouvrit à Saint-Sava, à Bucarest, en 1818, une école en langue roumaine, et Gheorghe Asachi fit de même à Iași en 1813. La révolution de 1821, conduite par Tudor Vladimirescu, mit fin aux règnes phanariotes, et en 1822 furent nommés des princes autochtones.