La suzeraineté ottomane et les règnes du XVIe siècle
Le XVIe siècle consolida la dépendance des pays roumains à l’égard de la Porte ottomane. Le statut de la Moldavie et de la Valachie n’était pas celui d’une province, mais d’un État vassal, avec son prince, ses lois, son Église et son armée. Les pays roumains payaient un tribut annuel, appelé haraç, et faisaient des présents (peșkeș), mais n’étaient pas soumis à l’administration ottomane directe. La Moldavie avait commencé à verser le tribut dès 1456, et la Valachie dès l’époque de Mircea l’Ancien. Aucune mosquée ne fut construite et le territoire ne fut pas colonisé par des populations musulmanes, ce qui préserva l’identité locale.
La Dobroudja, sous domination ottomane depuis le XVe siècle, fut intégrée à l’Empire. En 1538, le sultan Soliman le Magnifique mena une campagne en Moldavie contre Pierre Rareș, fils d’Étienne le Grand, dont le règne fut agité (1527–1538 et 1541–1546). Rareș avait tenté d’étendre l’influence moldave en Transylvanie, en contrôlant les forteresses de Ciceu et de Cetatea de Baltă, mais il fut vaincu, et la Moldavie perdit le sud de la Bessarabie (le Boudjak) et Tighina. Son règne reste associé à la peinture extérieure des monastères de Bucovine, comme Moldovița et Sucevița.
Le pouvoir des boyards s’accrut à cette époque, tandis que les princes dépendaient de plus en plus de leur nomination par le sultan. De nombreux souverains furent renversés par des intrigues à Constantinople. Alexandre Lăpușneanu (1552–1561 et 1564–1568) fut écarté puis ramené avec le soutien ottoman ; il est connu pour sa répression des boyards, comme dans la nouvelle de Costache Negruzzi. Jean le Terrible, dit le Vaillant (1572–1574), refusa l’augmentation du tribut, remporta des victoires sur les Turcs à Jiliște et à Cahul, mais fut vaincu par la trahison des boyards et mis à mort en 1574.
En Valachie, des princes comme Mircea le Berger (1545–1552, 1553–1554, 1558–1559) et Pierre Cercel (1583–1585) tentèrent de consolider leur pouvoir et d’apporter des influences culturelles de la Renaissance. La dépendance économique s’aggrava avec l’obligation de livrer à Istanbul des céréales, du bétail, du bois et du miel, à des prix imposés. L’Église demeura une institution centrale, et les monastères contribuèrent à la culture par leurs imprimés et leurs manuscrits. Le diacre Coresi imprima à Brașov des livres en langue roumaine, parmi lesquels l'« Évangile avec enseignement » (1581), qui joua un rôle essentiel dans l’unification de la langue littéraire.
À la fin du XVIe siècle, le poids fiscal devint accablant, et l’Empire ottoman réclamait toujours plus d’argent, tandis que les trônes étaient mis aux enchères. Un contexte international nouveau, marqué par la « Longue Guerre » entre l’Empire ottoman et les Habsbourg (1593–1606), offrit aux Roumains l’occasion de recouvrer leur indépendance. La chrétienté européenne forma la Sainte Ligue, et les princes roumains, parmi lesquels Michel le Brave, agirent contre les Ottomans. C’est dans ce cadre qu’éclata la lutte de Michel le Brave, puis l’union des trois pays roumains sous son sceptre.