Étienne le Grand et le Saint (1457–1504)
Étienne III, surnommé le Grand, régna en Moldavie pendant près de 47 ans, de 1457 à 1504, et demeure le souverain médiéval le plus connu des Roumains. Il monta sur le trône le 12 avril 1457, après la victoire de Doljești sur Petru Aron, grâce à une armée levée dans la région de la Țara de Jos et à l’aide valaque. Son règne reposa sur une armée puissante, composée de soldats et de paysans libres, sur une diplomatie habile et sur la défense résolue des frontières. Le chroniqueur Grigore Ureche le dépeint comme un homme « fier et magnanime ».
Le premier objectif d’Étienne fut de consolider le pays et de le défendre contre ses puissants voisins. En 1465, il conquit Chilia, important port du Danube alors sous contrôle hongrois, afin d’assurer à la Moldavie l’accès au commerce maritime. En 1467, à Baia, il vainquit l’armée du roi de Hongrie Matthias Corvin, venue le châtier pour la conquête de Chilia. Le roi fut blessé et s’enfuit en Transylvanie. La victoire démontra que la Moldavie ne pouvait être soumise facilement, et elle fut célébrée par l’érection d’églises de pierre. Ces victoires affermirent son autorité dans le pays et son prestige dans l’Europe chrétienne.
La plus brillante victoire d’Étienne fut celle de Vaslui (Podul Înalt), le 10 janvier 1475, contre l’armée ottomane commandée par le beylerbey Soliman Hadâmbul, estimée à plus de 100 000 hommes, contre environ 40 000 Moldaves. Le brouillard, le terrain marécageux et la tactique employée par le prince apportèrent un succès retentissant, que le pape Sixte IV qualifia d'« athlète du Christ ». Étienne demanda l’aide de la chrétienté, mais demeura seul. En 1476, le sultan Mehmed II vint en personne et vainquit l’armée moldave à Valea Albă (Războieni), le 26 juillet, mais la Moldavie ne fut pas conquise.
Après ces combats, Étienne continua à défendre le pays. En 1484, le sultan Bajazet II conquit Chilia et Cetatea Albă, deux ports vitaux que la Moldavie ne recouvra jamais. En 1485, Étienne reconnut la suzeraineté de la Pologne pour obtenir son soutien, puis se tourna vers une politique d’entente avec la Porte, acceptant de payer le tribut en échange de la paix. Le roi de Pologne Jean Ier Albert envahit la Moldavie en 1497, mais fut écrasé dans la forêt de Cosmin (Codrii Cosminului), et Étienne conserva ainsi son indépendance politique interne. Ainsi, en alliant les armes et la diplomatie, Étienne sauva la Moldavie de sa transformation en pachalik.
Étienne fut aussi un grand bâtisseur. On dit qu’il éleva ou restaura une quarantaine d’églises et de monastères, parmi lesquels Putna (1466–1469), où se trouve son tombeau, Voroneț (1488), Neamț, Probota et Pătrăuți, célèbres par une architecture gothique mêlée à l’art byzantin et par leurs peintures extérieures. Il mourut le 2 juillet 1504, à Suceava, et fut inhumé à Putna. L’Église orthodoxe roumaine le canonisa en 1992, sous le nom de saint voïvode Étienne le Grand et Saint, et son image demeure un symbole de foi et de dignité nationale.