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Burebista et l’État géto-dace (82–44 av. J.-C.)

Dans les sources écrites, l’histoire du peuple roumain commence avec le monde des Thraces établis au nord du Danube, que les Grecs appelaient Gètes et les Romains Daces. Hérodote les tient pour « les plus braves et les plus justes des Thraces », tandis que Strabon note que les Gètes et les Daces parlent la même langue. Ils vivaient dans l’espace carpato-danubio-pontique et s’adonnaient à l’agriculture, à l’élevage, à l’exploitation minière et au travail du fer. Leur culture, connue en archéologie sous le nom de La Tène géto-dace, atteignit aux IIe–Ier siècles av. J.-C. un niveau remarquable, que révèlent la céramique tournée, les monnaies et les cités fortifiées.

L’unification des tribus géto-daces fut l’œuvre de Burebista, qui régna approximativement de 82 à 44 av. J.-C. L’inscription de Dionysopolis (aujourd’hui Balchik, en Bulgarie) le nomme « le premier et le plus grand des rois de Thrace », et Strabon le décrit comme un chef qui fortifia son peuple et « l’éleva si haut par les exercices, l’abstinence et l’obéissance aux ordres ». Sa résidence politique se trouvait probablement à Argedava, cité que certains chercheurs situent dans la région de Popești, dans la vallée de l’Argeș. Son royaume fut la première formation politique unitaire des Géto-Daces.

Aux côtés du roi se tenait le grand prêtre Décéneus, qui joua un rôle décisif dans les réformes religieuses et morales. Selon Strabon, Décéneus persuada le peuple d’abandonner la vigne et l’excès de vin afin de préserver la discipline des guerriers. La religion des Géto-Daces était centrée sur Zalmoxis, divinité associée à la croyance en l’immortalité de l’âme, dont parle Hérodote. Les sanctuaires circulaires et rectangulaires de Sarmizegetusa Regia, dans les monts d’Orăștie, montrent l’importance des rites et du calendrier sacré dans la vie de la communauté.

Sous Burebista, les frontières du royaume s’étendirent des monts de Slovaquie et du Danube moyen jusqu’à la mer Noire et aux Balkans. Le roi soumit les tribus celtes des Boïens et des Taurisques à l’ouest, et occupa les cités grecques de la côte occidentale de la mer Noire, parmi lesquelles Olbia, Tyras, Histria, Tomis et Apollonia. Vers 60 av. J.-C., il vainquit près d’Histria l’armée romaine commandée par Caius Antonius Hybrida. Pour défendre son pays, il fit élever des forteresses de pierre dans les monts d’Orăștie, un système de fortifications qui servirait de modèle à ses successeurs.

Dans la guerre civile entre César et Pompée, Burebista soutint Pompée, ce qui attira l’attention de César, alors occupé à préparer une campagne contre la Dacie. Ce projet ne fut jamais mené à bien, car César fut assassiné le 15 mars 44 av. J.-C. La même année, Burebista périt à la suite d’une conjuration, et le royaume se disloqua en quatre, puis en cinq États plus petits. Son héritage resta cependant puissant : l’idée de l’unité politique des Daces fut reprise plus d’un siècle plus tard par Décébale. Burebista demeure un symbole de la construction étatique autochtone.